21 octobre 2010

Macbeth

Hier soir, je n'étais pas, bien entendu, de ce côté de la scène.
J'étais dans la salle, avec 34 (en principe, on n'a pas compté, et puis tant pis hein, ils ont payé, s'ils ne viennent pas, c'est leur problème..) élèves et deux accompagnateurs.

Que dire ? Pas facile. Il s'agit d'une pièce d'Heiner Müller (oui je sais, hi, hi, merci, finissez donc de lire... non mais ;-) ), qui est elle-même une réécriture de l'original de Shakespeare. Réécriture en allemand, donc derrière, encore un coup de traduction pour qu'on puisse comprendre. Cette pièce a été mise en scène par JC Berutti, avec la troupe de la Comédie de Saint-Étienne plus 4 comédiens.
J'avoue avoir décroché de la Com' quand JC Berruti est arrivé à la direction, les textes de présentation des spectacles m'ayant semblé d'emblée incompréhensibles, avec une volonté d'intellectualisme exacerbé qui me rebutait violemment (je me souviens d'une discussion assez virulente, quoi que policée, à la cantine, avec un collègue, à cette époque). C'est donc la première mise en scène de Berutti que je voyais, je n'ai pas de point de comparaison. Cela dit, je reconnais que le discours a pas mal évolué depuis que j'avais été, donc, rebutée.

Préliminaire : je n'ai pas tout compris. Loin de là.

J'avais révisé l'oeuvre originale (ayant beaucoup de mal avec les extraits de la réécriture que l'on m'avait fait passer). Oh, je vous préviens, je suis snob, je lis Shakespeare en VO (mais en édition bilingue, sinon je n'y arrive pas, faut pas pousser quand même !). Du coup je vais commencer par biaiser en parlant de Shakespeare. Shakespeare, finalement, c'est de la fantasy. Aurait-il été contemporain, il aurait été Zelazny ou Robin Hobb ! Il y a tout : de la magie, des sorcières, des prophéties (NON, JK Rowling n'a rien inventé, mais c'est un autre jour que je causerai de Harry Potter, et pas forcément en bien, mais pas complètement en mal non plus :-) ), et plus généralement une dimension fantastique, des guerres, des malfaisants, des gentils, des traîtres, bref... on est pratiquement dans "Les Princes d'Ambre" (oui, bon, c'est MON cycle préféré de fantasy, et la version originale --encore plus snob que tout à l'heure-- contient des pages superbes... Oh tiens, mais je m'égare encore !).Tout cela est écrit avec une plume superbe, une grande poésie, mais, finalement, je crois que j'aime l'anglais ancien.

Mais revenons à Macbeth : déjà, l'original est une pièce très décousue. J'ai eu du mal à tout suivre à sa lecture, mais il y a des morceaux de bravoure qui me semblent incontournables, les prophéties, les assassinats, la "nuit", la fin et, aussi, des expressions : je reviendrai sur au moins une qui m'a laissée sans voix d'ailleurs.
Dans la version de Müller, qui reste fidèle à l'original tout de même, des pans entiers de l'histoire ont été gommés. Des pans qui parfois peuvent être utiles à la compréhension de l'intrigue, déjà pas facile à suivre ! Surtout à la fin.

Bien, mais et la pièce d'hier soir alors ? Les trois personnes qui ont eu la patience d'arriver jusque-là brûlent d'impatience, j'en suis certaine. SI. Je le sais. Mais SI !
Dans la troupe de la Com', il ya des comédiens étrangers, essentiellement d'Europe Centrale, mais pas que. Ça nous fait donc des comédiens avec des accents, pas forcément faciles à comprendre. Pour ma part j'ai été gênée par l'accent de la comédienne (pourtant formidable) qui jouait Lady Macbeth, un de mes collègues a été gêné par celui du comédien (encore plus formidable, je l'ai beaucoup aimé) qui jouait Macbeth. Il a donc fallu commencer par "rentrer" dans la pièce. Cela nous a été rendu encore plus difficile par des élèves d'un lycée (privé) qui ont été vraiment odieux pendant au moins 45 minutes, les nôtres en revanche ayant été vraiment sympa et sages !
J'ai énormément aimé les décors : un échafaudage occupant tout le fond de la scène (on le voit sur la photo), caché par ce voile qui sert ensuite d'écran pour des projections d'images diverses et variées dont je n'ai d'ailleurs pas toujours compris le sens, avec parfois des messages contradictoires, mais j'y reviendrai aussi. Il y avait un éclairage sur ces échafaudages, des lanternes de chantier, rouges, qui donnent un aspect "cru" et bien évidemment sanglant à l'ensemble.
Au début donc, tout ou presque évoque une guerre récente, en Europe Centrale.... sauf que les images projetées sont clairement de la Seconde Guerre Mondiale : j'ai ressenti comme une distorsion. Toute la première partie, incluant "la nuit", est jouée dans ces costumes.
Après, dans une deuxième partie, quand tous les meurtres ont été commis, bref, quand Macbeth est devenu roi (meuh non, je ne dévoile rien du tout, cette pièce est quand même connue ! :-) ), on bascule dans des costumes médiévaux qui évoluent petit à petit vers l'onirique complet... Mais aussi des uniformes militaires aussi plus récents (là, pour de bon de la seconde Guerre Mondiale). Il y a des allusions visuelles à Jérôme Bosch (je ne l'ai pas inventé ni trouvé toute seule, c'est dans le programme, mais ça reste assez visible), un bestiaire fantastique de plus en plus prégnant. Il y a aussi du gore !
J'ai apprécié également les jeux de lumière, l'éclairage par moment juste avec une petite lampe torche, très froid, très cru, très nu.
Au total tout cela est très fort, plutôt beau, prenant, une fois qu'on accepte les accents. Je ne me suis pas ennuyée du tout. Il y a même des moments très ironiques, voire drôles, en plein cœur de la tragédie. D'ailleurs, une phrase de Müller à ce propos, que je n'ai pas eu la présence d'esprit de noter, est projetée avant le début de la pièce.
Mais la fin est rendue incompréhensible par... Eh bien... soit par la mise en scène, soit par le texte de Müller (je ne suis pas certaine que je le lirai, donc, je crois que je ne saurai jamais !) ! En effet, la prophétie des sorcières parle d'un bois qui se déplace jusqu'au château : dans la pièce originale, l'artifice est expliqué. Ce sont les soldats qui ont coupé des branches, se sont cachés derrière et ont avancé : ainsi le "bois" a-t-il avancé. Rien de tout cela dans le texte de Müller, ce qui fait que, si vous n'avez pas lu l'original, vous ne comprenez pas le pourquoi du comment... Or c'est quand même un moment clé de la pièce ! C'est dommage.

Au final, je reste sur une bonne impression, malgré tout ce que j'ai pu dire ici, malgré tout aussi ce dont j'ai ensuite parlé avec mon collègue, ce qu'il m'a dit pour compléter ma réflexion, mais qui ne m'est pas personnel : la trop grande prégnance des décors par exemple, leur sous-utilisation manifeste (apparemment pour des raisons de sécurité), le manque d'originalité de certains éléments scéniques, le fait que le comédien qui joue Macbeth soit, pour certains, trop.... macbethien (pour ma part j'ai apprécié cet aspect, mais je reste une béotienne !)...

Et je voudrais ajouter une chose à propos, finalement, de mon inculture...
Dans le texte original, on peut lire :
Life's but a walking shadow, a poor player
That struts and frets his our upon the stage,
And then is heard no more : it is a tale
Told by an idiot, full of sound and fury
Signifying nothing
Autrement dit :
La vie n'est qu'une ombre en marche, un pauvre acteur
Qui s'agite pendant une heure sur la scène
Et alors on ne l'entend plus ; c'est un récit
Conté par un idiot, plein de son et de furie,
Ne signifiant rien
(trad. PJ Jouve) (après on en pense ce qu'on veut, je trouve qu'elle manque de poésie, la trad., et le sens de la deuxième ligne n'est pas celui du texte original... Mais pas facile !)

Allez... si je vous dis Faulkner, Le Bruit et la Fureur, avec sa première partie contée par... un idiot ? Eh oui : Le titre original est Of sound and Fury. Je pense que pour un anglophone, la référence était évidente. J'aurais aimé avoir cette clef quand j'ai lu le roman.

La page de la pièce sur le site de la Comédie de Saint-Étienne, avec de vrais morceaux d'entretien avec JC Berutti dedans.
Le texte d'Heiner Müller est disponible aux éditions de Minuit : Macbeth, d'après Shakespeare.
La pièce de Shakespeare est disponible, par exemple en bilingue, chez Flammarion (poche).

8 commentaires:

argone a dit…

euh .... j'ai commenté sur l'article des chats ;-)
tout ça ne vaut pas un bon Horatio...
bon ok je sors je suis déjà trèèèès loin !

-HB- a dit…

Ben tu sais Argone, y'a pas de honte, moi aussi j'aime bien Horatio (surtout ses lunettes de soleil ;-) ) !

minimoi a dit…

ton article me rappelle la pièce qu'on a été voir avec toutes les 4èmes l'année dernière. Pièce sur les étoiles parrainée par hubert Reeves .... on en est sortis (après 3h de spectacle quand même) en se demandant ce que fumait l'auteur ... mais que çà devait être de la bonne ^^ . Et on a admiré nos loulous (pourtant pas si calmes d'ordinaire) qui ont supporté ces délires sans mettre le feu au théâtre, on n'en aurait pas fait autant.
ce que j'ai eu le plus de mal à supporter : une déclamation particulièrement emphatique.

Shakespeare : j'avais adoré enfant les diffusions de la BBC, en vOST ... j'aimerai qu'on nous en refasse tiens (et puis après, j'avais adoré les parodies de "Black Ader" )

-HB- a dit…

Aaaah Minimoi ! Les 4èmes avaient dû être vraiment scotchés !!!
En fait non, ce n'était pas aussi hermétique qu'on pourrait le penser en lisant ce que j'ai écrit.

Anonyme a dit…

POur MAcbeth l'adaptation de Polanski (1971) est très bien. La traduction du texte par Y. Bonnefoy est plus poétique que celle de P.J. Jouve !
DR

-HB- a dit…

Merci Msieu DR !
Je vais essayer d'emprunter le Polanski.

anouchka a dit…

bon! Et bien à force de t'en entendre parler, j'ai fini par commander le tome 1 des princes d'ambre. J'espère que ça va me plaire! En ce moment je suis dans Milenium, tome 2 et je me régale.

anouchka a dit…

Loïsanne, au fait, c'est Anouchka!