J'ai eu cette année une classe de Terminale avec des "éléments", comme on dit à l'Education Nationale, particulièrement sympathiques et agréables. Je les avais une heure tous les jours ou presque, et 4 h le mardi, et je venais faire mes cours ou mes TP avec vraiment beaucoup de plaisir ; incontestablement, ils ont illuminé mes vendredis après-midi, où j'avais, après eux, deux heures de cours avec des Secondes impossibles qui avaient décidé que, comme leur orientation les conduirait à ne plus étudier ma matière, ils ne feraient plus rien.... et ce dès la moitié du premier trimestre.
Les cours se sont terminés justement un vendredi (j'ai dit à mon Proviseur Adjoint qu'il me faisait boire le calice jusqu'à la lie :-) ), vendredi dernier pour être précise.
Déjà, jeudi matin, j'avais un conseil de classe à 13 h, donc je suis venue plus tôt pour manger à la cantine, et comme j'avais 2-3 trucs à faire avant, je suis arrivée au lycée vers 11 h 30 : ils étaient dans la cour (pas bien ça :-) ) et m'ont invitée à manger à la cantine avec eux, ce que j'ai accepté. Puis on a bu un café ensemble (pas à 34 élèves, mais bien à 10-15) en tapant le bœuf dans une salle de classe --de 12 à 13, il n'y a pas de cours.
Le lendemain matin, la collègue qui avait cette Terminale en Maths m'avait proposé de venir boire un coup (coca et jus de fruits, hein ;-) ) avec eux, car ils seraient tous là pour récupérer leurs dossiers. Je suis passée, on a discuté le coup, et ils nous ont offert des chocolats :-).
Le midi, j'ai pique-niqué avec une autre classe, non, deux autres classes en fait (des Premières S et des L), au parc public proche du lycée, c'était très sympa, et mes Terminales nous y ont rejoints (en prétendant que c'était pour voir si j'étais en état de faire cours :-) ).
Mais c'est que je les avais à 13 h les Terminales... On avait fini le programme, et ça faisait plus d'une semaine qu'ils "bouffaient" des exercices d'annales, donc j'ai laissé un peu "vivre" la classe (ça s'est fini comme la veille autour du clavier qui nous sert en spécialité pour l'étude des sons complexes). J'avais fait des gâteaux, ils avaient amené à manger et à boire (on a même emprunté des verres à la cantine, il faut que je les rende d'ailleurs...OUPS !).
Mais à 14 h : "Madame on peut rester, s'il vous plaît ?" "Bin euh.... Je regarde combien il y a de Secondes dans le couloir [ouf ça va] et c'est OK". Je divise la classe en deux et finalement me vient l'idée de.... leur faire faire mon cours (un petit cours pas vraiment important, rassurez-vous parents inquiets, je ne me serais pas permis un effet pareil avec des notions fondamentales pour la classe de Première). Je les "briefe" (quoi, 30 secondes ?) et allez au boulot. D'ailleurs il y en a un qui s'est pas trop mal débrouillé mais quand même, on voit que, finalement, prof, c'est un tout petit peu un métier :-D
On finit mon programme (quand même, aller jusqu'au dernier jour, avec une semaine de plus, pour finir un programme de seconde en Sciences Physiques, il faut le faire, mais à raison de --au bas mot-- 15 minutes de discipline, pour ne pas dire de flicage, par heure, on voit vite où le temps a été perdu), et là mes Terminales me disent "bon ben madame on va partir, venez avec nous s'il vous plaît" (c'était la pause entre les deux heures)...
Ils m'ont TOUS (et toutes) fait la bise (le premier, le plus affectif de tous, voulait carrément me prendre dans les bras, je lui ai dit non car je savais que j'allais pleurer !!!), et ensuite ils n'arrivaient pas à partir...
J'ai encore tenu une heure et dans la voiture c'est sorti, les vraies, les grosses larmes, irrépressibles. C'est vraiment la première fois que ça m'arrive (j'ai pas loin de 15 ans de métier, oui j'ai commencé tard)...
Et tous ces détails qui me revenaient petit à petit, ou me sont revenus le lendemain...
Celui qui m'a dit "vous savez, mon prof d'Histoire-Géo c'est pratiquement mon deuxième père" ;
Celui qui m'informe tout de suite (après à peine 1 semaine de cours ou presque) de son homosexualité ;
Celui qui m'adopte quasiment ;
Celui qui, avec sa grande "goule", est à côté de moi sur plein de photos de ce vendredi, pendant le moment où on était à deux classes et que je m'étais posée dans un coin, même que j'ai changé de place (pas particulièrement pour le fuir) et j'ai vu qu'il s'était remis à côté de moi (je ne m'en étais pas aperçue, ce sont les photos qu'on m'a ensuite montrées, qui m'ont fait réaliser ça) ;
Celle qui me dit (en Février) "Mais Madame, arrêtez de vous inquiéter, on va l'avoir notre bac" :-) ;
Et tant d'autres détails qui me reviennent à chaque instant...
J'avais déjà eu une classe un peu comme ça, très affective (et bizarrement --ou pas-- avec le frère d'un de ceux de cette année), mais ce n'étaient pas des Terminales, ce qui change vraiment tout, parce que l'heure qu'ils ont passée avec moi était vraiment la dernière de leurs 3 (ou 4 pour certain(e)s) ans au lycée.
Bref, un déchirement cette dernière journée...
D'autant qu'on sait bien, nous les profs, que (et c'est une chose naturelle... et une bonne chose) dans les mois qui viennent, ils nous auront quasiment oubliés : on sera juste de bons souvenirs englobés dans les souvenirs du lycée ; la vie continue et c'est BIEN pour tout le monde :-)
Mais bon... Ils vont quand même me manquer, ceux-là (et celles-là) !!!